L’autorail Bugatti et ses reproductions en HO
L’autorail Bugatti est l’un de ces succès industriels nés d’un échec. Dans les années 1930, le monde ferroviaire connaît une révolution orchestrée par un nom jusque-là indissociable des pannes de chronomètre sur circuit : Ettore Bugatti. Alors que la crise de 1929 frappe de plein fouet le secteur automobile de luxe, le génial constructeur alsacien se retrouve avec un stock encombrant de gigantesques moteurs prévus pour sa luxueuse voiture Type 41 Royale, vendue à seulement six exemplaires. Loin de se résigner, Bugatti pivote vers les rails et façonne un engin d’exception : l’autorail Bugatti, bientôt surnommé le « Pur-sang du rail ».
Autorail Bugatti désigne une gamme et un ensemble de 88 autorails de différents types conçus par le bureau d'études d'Ettore Bugatti pour équiper plusieurs réseaux ferroviaires français existant avant la création de la SNCF. Ils présentent cependant tous des caractéristiques communes, dont une esthétique particulière et le fait d'être propulsés par des moteurs en surplus de la Bugatti Type 41 « Royale », une voiture de prestige qui fut un échec commercial.
L’autorail Bugatti : une genèse née d’un coup de génie
Mis en service en 1933 sur la ligne Paris-Deauville par la Compagnie des chemins de fer de l’État, cet autorail réinvente le voyage sur rail. Grâce à son aérodynamisme très en avance sur son temps et sa carrosserie profilée inspirée de l’aviation, et surtout sa motorisation hors norme, l’engin détonne face aux lourdes locomotives à vapeur traditionnelles.
La motorisation de tous les autorails Bugatti est assurée par des moteurs à essence, à 8 cylindres en ligne de 12 750 cm3, avec un arbre à cames en tête, alimentés chacun par deux carburateurs Zénith ; la puissance de chaque moteur est, pour son utilisation ferroviaire, de 147 kW (200 ch) à 2 000 tr/min. Le carburant est un mélange d’essence, d’alcool et de benzol. Les moteurs sont au nombre de deux ou quatre par engin selon la puissance désirée, en prise directe avec une transmission hydromécanique sur des bogies à quatre essieux.

Lors des premiers essais en 1934, l’autorail Bugatti pulvérise les records du monde de vitesse sur rail en atteignant 192 km/h entre Le Mans et Connerré. Une performance remarquable pour l’époque, qui offre aux voyageurs un niveau de rapidité jusqu’alors inédit sur l’Hexagone.

Innovations de l’autorail Bugatti
Sur le plan de l’ingénierie, l’autorail Bugatti regorge de solutions audacieuses. Le modèle d’origine embarque quatre moteurs Type 41 Royale. Cet ensemble développe environ 800 chevaux.
Pour supporter une telle puissance, le Bugatti est muni d’un freinage révolutionnaire : Bugatti adapte des freins à tambour similaires à ceux de ses automobiles de course. Les garnitures s’usent tellement vite sous l’effet des frictions qu’il faut parfois les remplacer après seulement quelques trajets longs !
Poste de conduite surélevé : Le mécanicien de bord ne siège pas à l’avant, mais dans un Kiosque central sur le toit (astuce qui permet de libérer de l’espace et du champs de vision pour les voyageurs et qui sera repris sur les Picasso). Il surplombe ainsi le train pour observer la voie à 360°, communiquant avec le reste de l’équipage par téléphone interne.

L’histoire de l’autorail Bugatti est émaillée d’anecdotes savoureuses : le président Albert Lebrun emprunte le Bugatti « PR » (Présidentiel) en 1933 pour inaugurer la gare maritime de Cherbourg. Séduit par le confort et la rapidité, le gouvernement en fait l’un de ses transports officiels de prédilection. Si l’engin roule vite, il consomme énormément. Sa gourmandise s’élève à près de 200 litres de carburant aux 100 km, ce qui vaut à ces engins le surnom ironique de « buveurs d’essence ». Pour garantir un silence et un confort de roulement inédits, les roues des bogies intègrent des inserts en caoutchouc résistant. Un luxe rare pour le réseau ferré des années 30.
Les versions et compositions du Bugatti

Le « Présidentiel » (Type WR Mono-caisse)
C’est le modèle pionnier apparu en 1933. Son nom provient du voyage inaugural effectué par le président Albert Lebrun entre Paris et Deauville. Il est motorisé par 4 moteurs pour atteindre 800 chevaux !
Le « Couplage » (Type WR Double)
Conçu à la demande des compagnies (notamment le PLM) pour augmenter le tonnage et la capacité sur les grandes lignes. Deux caisses articulées reposant sur plusieurs bogies (dont une motrice et une remorque ou deux éléments motorisés).
Bugatti « Triple » (Type WR Triple)
Développé pour les services à très grande capacité sur les axes très fréquentés. Rame de 3 caisses indissociables (deux motrices encadrant une remorque centrale ou motrice centrale avec remorques).
Le « Surallégé » (Type WLG)
Version plus tardive (1936-1937) pensée pour les lignes secondaires ou les dessertes transversales exigeant un poids à l’essieu réduit et un coût d’exploitation plus faible. Il n’est équipé que de deux moteurs.
Cette famille d’autorails recevra aussi plusieurs livrées (reproduites en modélisme) : la livrée uniforme des autorails SNCF avec le bas de caisse rouge vermillon, partie supérieure crème et « moustaches » sur les faces frontales. Les allongés ex PLM sont bleus azur et gris, en Bretagne et des surallongés ex État, sont rouge rubis et gris perle, sur la Côte d’Azur.
L’exemplaire restauré à Mulhouse
À la fin des années 1950, la SNCF retire progressivement les autorails Bugatti du service, jugés trop gourmands en carburant et coûteux à entretenir face à l’émergence des nouvelles rames diesel unifiées. La quasi-totalité de la flotte (88 exemplaires construits) est envoyée à la ferraille. Les rares autorails non ferraillés sont conservés dans de très mauvaises conditions, sur des voies de service.
Un Bugatti reste longtemps stationné à la gare de Bédarieux puis de Lodève dans l’Hérault. Garé par la SNCF sur une voie de service puis abandonné, il est racheté par une association en vue de la création d’un petit musée ferroviaire. En mauvais état et trop coûteux à déplacer, il est finalement ferraillé dans les années 1980.
La rame n° 2 échappe à la destruction grâce à un statut particulier : ayant transporté le président Albert Lebrun en 1933, elle conserve une valeur symbolique forte. Par ailleurs, convertie en véhicule de mesure et de contrôle des voies pour l’ingénierie ferroviaire, elle continue de rouler occasionnellement jusqu’au milieu des années 1960. En 1970, sous l’impulsion d’enthousiastes ferroviaires et de la SNCF, la décision est prise de sauvegarder cette pièce unique pour le futur Musée National du Train (aujourd’hui la Cité du Train).


Lorsqu’il est remisé, l’engin porte encore les stigmates de sa fin de carrière administrative, avec un aménagement intérieur modifié et des peintures usées. Cet autorail immatriculé ZZy 24408 à l’État puis XB 1008 à la SNCF a fait partie du parc de services où il a assure le contrôle du fonctionnement des signaux jusqu’en 1975. Profondément modifié pour cet usage spécial, il accueille un laboratoire de contrôles.
Cet unique autorail Bugatti préservé au monde — la rame « PR » (Présidentielle) n° 2 — est le véritable joyau de la Cité du Train à Mulhouse. Son sauvetage et sa préservation constituent une aventure technique et patrimoniale captivante. La rame dans sa livrée d’origine rouge rubis et crème de la Compagnie des chemins de fer de l’État.
Les quatre moteurs 8-cylindres en ligne de la Royale ont été soigneusement nettoyés et préservés. Même si l’engin ne roule plus aujourd’hui pour des raisons de conservation et de sécurité, sa mécanique est restée dans un état de présentation exceptionnel.
Les reproductions de l’autorail Bugatti en ho
L’autorail Bugatti avec sa forme particulière et son histoire riche a largement inspiré les fabricants de modélisme ferroviaire dès sa circulation sur les rails. Dès les années 1930, le monde du train-jouet s’en empare à l’échelle Zéro (1/43e) avec les productions en tôle emboutie ou lithographiée signées Hornby ou JEP, proposant des versions simples, couplées ou triples aux proportions parfois très raccourcies mais pleines de charme. La plupart de ses modèles sont propulsés par des moteurs mécaniques à ressort.

En bon état, ce sont des objets de collection prisés que l’on retrouve à des prix raisonnables dans les ventes aux enchères (80 à 120 euros) et parfois beaucoup plus chers pour des exemplaires très rares.




Les deux exemplaires d'autorails Bugatti que nous vous montrons sont issus de ventes aux enchères. Le modèle Hornby était estimé 80 à 120 euros dans une vente de Nimes. Le modèle d'exposition en 3 parties en tôle en assez mauvais état mais extraordinairement décoré, était proposé aux enchères chez Artcurial avec un prix estimé de 20 à 30 000 euros. Il est finalement parti à 86 000 euros ! Preuve s'il en est de l'estime dont bénéficient ces modèles chez les collectionneurs.
Les autorails Bugatti Jouef
À l’échelle HO (1/87e), c’est la marque Jouef qui popularise massivement le modèle « Présidentiel » à partir des années 1980 (référence 8602), offrant une reproduction grand public accessible et reconnaissable à son kiosque central.



Du côté du haut de gamme et du modélisme de précision, des artisans et marques spécialisées comme Fulgurex ou Atlas (en version statique) ont produit des modèles finement détaillés en laiton ou injectés, restituant fidèlement l’aérodynamisme de la caisse, l’aménagement intérieur et les marquages historiques allant de la livrée bicolore de la Compagnie de l’État à celle de la SNCF.
| Les références Jouef dans l’encyclopédie |
| Référence 860200:autorail présidentiel Bugatti X 1008 SNCF |
Les autres marques de modèles réduits d’autorail Bugatti
Hornby / Meccano (Échelle O) : Historiquement (dès les années 1930/1950), Hornby a produit différentes déclinaisons de l’autorail Bugatti (simples, doubles et triples en livrées PLM, ÉTAT et SNCF). Les versions en métal sont peu réalistes mais très convoitées (illustrations de la Maison de Ventes aux enchères MonsAntic).


Fulgurex : Le spécialiste haut de gamme en laiton injecté et monté à la main a décliné le Bugatti à plusieurs échelles (notamment en HO, N et O), couvrant des versions comme le Couplage PLM ou le Présidentiel. Ces modèles très détaillés (avec notamment des baies moteurs amovibles et des portes fonctionnelles) est vendu en plusieurs livrées et immatriculations. C’,’est- comme tous les modèles Fulgurex, une fabrication dont le prix est élevé (comptez plus de 1000 euros)(images Fulgurex).


Répartition des autorails Bugatti
Les autorails Bugatt ont d’abord été intégrés au parc du Réseau de l’État pour assurer des liaisons rapides à forte image de marque. Face au succès de ces liaisons, le PLM ainsi que le Réseau de l’Alsace-Lorraine (AL) ont rapidement commandé leurs propres exemplaires (notamment des modèles WR,
En 1938, l’ensemble du parc Bugatti du PLM a rejoint les effectifs de la SNCF lors de la nationalisation du réseau ferré. C’est ainsi que la flotte Bugatti est passée des anciennes compagnies privées ou d’État régionales à une gestion entièrement centralisée à l’échelle nationale. La SNCF a rématriculé ces engins et poursuivi leur exploitation sur diverses lignes nationales jusqu’à leur retrait progressif dans les années 1950.
| Réseau | Nombre | N° réseau | N° SNCF | Type et disposition essieux | Mise en service | Nombre de moteurs | Longueur (m) | Masse à vide (t) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| État | 9 | ZZy 24401 à 24409 | XB 1001 à 1009 | Présidentiel 1B1+1B1 | 1933-1936 | 4 | 22,300 | 32,0 |
| PLM | 3 | ZZA-K 1 à 3 | XB 1 à 3 | Double 1B1+1B1+4+4 | 1934 | 4 | 42,460 | 55,0 |
| État | 5 | ZZy 24421 à 425 | XB 2101 à 2105 | Léger 3A+A3 | 1935 | 2 | 19,300 | 24,0 |
| AL | 2 | ZZr 26 et 27 | XB 2201 et 2202 | 22,5 | ||||
| PLM | 6 | ZZA-K 101 à 106 | XB 2301 et 2306 | 24,0 | ||||
| PLM | 18 | ZZA-K 201 à 218 | XB 3001 à 3018 | Allongé 3A+A3 | 1935 | 2 | 21,374 | 26,5 |
| État | 10 | ZZy 22426 à 22435 | XB 3101 à 3110 | 1935-1936 | 21,000 | 26,0 | ||
| État | 15 | ZZy 24436 à 24450 | XB 4001 à 4015 | Surallongé 3A+A3 | 1936-1937 | 2 | 25,380 | 31,0 |
| AL | 1 | ZZr 25 | XB 4101 | 1937 | 25,306 | 40,5 | ||
| PLM | 10 | ZZA-K 301 à 310 | XB 4201 à 4210 | 31,0 | ||||
| État | 2 | ZZy 24481 et 24482 | XB 101 et 102 | Triple 4+2B+B2+4 | 1936 | 4 | 60,000 | 80,0 |
| AL | 3 | – | XB 201 à 203 | 1938 | ||||
| SNCF | 2 | – | XB 204 et 205 | 1939 | ||||
| SNCF | 2 | – | XB 4301 et 4302 | Surallongé 3A+A3 | 1945-1946 | 4 | 25,306 | 31,0 |
| 2 moteurs : puissance 294 kW (400 ch) – 4 moteurs : puissance 588 kW (800 ch). | ||||||||
Sources
L’autorail Bugatti sur Wikipedia

