Le Capitole et les reproductions Jouef

Le 15 novembre 1960, la SNCF met en circulation pour la première fois un train baptisé le Capitole entre Paris et Toulouse. Ce train circula de 1960 jusqu’au début des années 1990. Première liaison régulière à 200 km/h en France, ce train est longtemps resté l’un des fleurons du rail français, avec son pendant méditerranéen, le Mistral. Ces dessertes à grande vitesse pour le train naissent dans le contexte de l’émergence de la concurrence routière mais surtout du défi lancé par les lignes régulières aériennes d’Air Inter et de ses Caravelles. Accessibles à un plus large public, la concurrence aérienne commencer à être ressentie par la SNCF. Entre Dijon et Beaune (Côte d’Or), la SNCF procède donc depuis une dizaine d’années à des essais de haute vitesse pour préparer l’avenir : le 21 février 1954, la locomotive CC 7121 établit un premier record mondial de vitesse sur rail à 243 km/h, suivie le 28 mars 1955 par la CC 7107 qui atteint 331 km/h. Cinq ans plus tard, le Capitole est la mise en application commerciale de ces expérimentations, avec un produit haut de gamme composé de voitures inox première classe, et d’un wagon-restaurant .

Nommé en référence au célèbre édifice toulousain, le Capitole circule en fin de soirée trois fois par semaine (sauf les samedis et dimanches) et vise avant tout la clientèle d’affaires. Il effectue les 713 km du parcours en sept heures avec quatre arrêts intermédiaires à Limoges, Brive-la-Gaillarde, Cahors et Montauban. Au début, le Capitole n’est composé que de quatre ou cinq voitures de 1re classe DEV inox, une voiture restaurant de la CIWL et un fourgon. La baisse d’activité pendant l’été conduit même la SNCF à interrompre sa circulation en juillet et août 1961. Cependant, le service gagne progressivement en popularité, surtout en fin de semaine, et un deuxième service du soir est mis en place les vendredis, d’abord entre Paris et Limoges puis jusqu’à Brive-la-Gaillarde. En 1962, le temps de parcours est abaissé à 6 h 45. Le succès commercial arrivant, la SNCF met rapidement en service un Capitole du matin en complément de celui du soir. Partant peu après h 30 et arrivant vers 13 h 30, il permet à la clientèle une après-midi entière de travail sur le lieu de destination. Face à la demande sans cesse croissante, le Capitole doit souvent être allongé par des voitures en livrée verte classique aptes à 200 km/h et se voit même fréquemment doublé lors des ponts et grands départs. Les Capitole Grand Confort comportent en service de base un jeu de dix voitures.  Le succès aidant, le train passe à onze puis douze voitures en 1974. Grâce au passage à 200 km/h d’un tronçon supplémentaire au nord des Fleury-les-Aubrais, la durée du trajet Paris-Toulouse descend à h 56, une performance qui ne sera plus améliorée sur ce trajet.

Le déclin

Le Capitole entra dans le groupement TEE en 1970 et en sortit en 1985, la suite de sa carrière se poursuivant de manière plus confidentielle. En 1980, alors que le déclin général des trains de la catégorie TEE semble irréversible, la SNCF supprime les trains supplémentaires des vendredis et dimanches. Elle remplace aussi le Capitole du matin au départ de Paris et celui du soir au départ de Toulouse par des trains rapides ouverts aux deux classes (contrairement aux TEE) qui emploient dans un premier temps une rame mixte composée de voitures Grand Confort en 1re classe et de voitures Corail en 2e classe. En 1982, une série de Grand Confort est modifiée pour l’usage de la seconde classe sur ces trains. Cette mesure est étendue à toutes les autres voitures Grand Confort du service Capitole entre 1984 et 1985. Le service perd alors le label TEE mais les deux liaisons quotidiennes reprennent le nom de Capitole du matin et Capitole du soir. Le train poursuit sa carrière comme rapide jusqu’au début des années 1990 avant de disparaître à la mise en service du TGV Atlantique qui permet un trajet en h via Bordeaux. La durée la plus courte du voyage entre Toulouse et Paris est ramenée à h 35 depuis les années 2000.

Depuis 2004, le service est assuré par Téoz et en 2012 la liaison est regroupée dans l’offre Intercités, les trains classiques de la SNCF. Le nom de Capitole n’est donc plus utilisé officiellement. L’appellation subsiste cependant dans le langage courant pour différencier le service TGV via Bordeaux du direct par Limoges et Fleury-les-Aubrais.

Une BB 9200 en livrée capitole avec sa plaque caractéristique (Wikimedia Commons)

Les matériels ferroviaires utilisés.

Les six BB 9200 Capitole (surnommées « BB rouges ») étaient les premières locomotives de la SNCF à grande vitesse (supérieure à 160 km/h) pour le service régulier des trains de voyageurs. Il s’agit d’une sous-série de la BB 9200 (BB 9291 et 9292) complétée par l’ajout de machines de série originelle modifiées. Elles étaient chargées de 1967 à 1970 de la traction du« Capitole ». Alors que les BB 9291 et 9292 étaient étudiées et construites (en 1963/64) pour des recherches sur les vitesses élevées (elles étaient aptes à 250 km/h et plus puissantes : 4240 kW contre 3 850 kW), les 9278, 9281, 9282 et 9288 résultaient de la transformation de machines de séries ; elles étaient d’ailleurs limitées à 200 km/h. Les six machines se distinguaient également par leurs pantographes « unijambistes » à la différence des autres modèles de la série. Malgré leur puissance, les BB 9200 qui tractent ce train atteignent rapidement leurs limites dans les conditions d’exploitation intense de ce train.

En 1970 apparaissent les nouvelles locomotives CC 6500 plus puissantes, assorties aux voitures Grand Confort. Initialement mises en service sur L’Étendard Paris – Bordeaux, ces voitures climatisées remplacent les UIC sur le Capitole à mesure des livraisons et assurent un service de grande qualité. Le , le Capitole prend d’ailleurs officiellement le label Trans-Europ-Express (TEE).

Les voitures grand confort

Les voitures Grand Confort reprennent les bases des TEE inox mais sont construites en acier patinable (Corten) pour en diminuer le prix. Longues de 25,50 m, elles sont montées sur des bogies Y28F. Le haut des caisses est légèrement incliné vers l’intérieur, donnant une section ovoïde proche d’une forme trapézoïdale. Ce profil vient du projet initial de les équiper d’un système de pendulation qui sera finalement abandonné. Initialement mises en service sur L’Étendard Paris – Bordeaux, ces voitures climatisées remplacent les UIC sur le Capitole à mesure des livraisons et assurent un service de grande qualité.

Pour ce qui est de leurs caractéristiques on note :

  • l’air conditionné
  • couloir latéral et central
  • mise en service de 1970 à 1974
  • longueur : 25.500 mètres
  • bogies type Y 28
  • vitesse commerciale maximum de 200 km/h
  • 103 unités construites dont 10 voitures-restaurant et 13 fourgons

Ces voitures ont été retirées du service commercial en 1998 et sont également entrées dans la composition des trains TEE Étendard et Aquitaine (Paris-Bordeaux), TEE Capitole (Paris-Toulouse), TEE Stanislas et Kléber (Paris-Strasbourg), TEE Jules Verne (Paris-Nantes).

A3RTU Cite du Train – Voiture grand confort – Source Wikimedia Common

Toutes les voitures grand confort du Capitole sont remplacées par des voitures Corail en 1996.

Les reproductions en modèles réduit

Les BB 9200 rouges avec leur plaque « Capitole » furent reproduites en modélisme ferroviaire, avec les modèles Jouef, Märklin et Roco (Roco 43563, puis 62609. Appréciée par les amateurs, la Märklin 3059 qui reproduit la BB 9291 est particulièrement recherchée. Märklin a aussi reproduit à l’occasion de son 150e anniversaire, en 2009, un Coffret Capitole composé de la locomotive BB 9281 et de 4 voitures). Des modèles réduits des voitures Grand Confort ont été réalisés par Jouef (1972), Minitrix, LS Models (2004).

Locomotives

Jouef propose plusieurs références de locomotives avec livrée et marquage capitole. La référence 8340 qui après 1965 contient une BB 9288 équipée d’un moteur 3 pôles Jouef, et la 8341 commercialisée à partir de 1971, modernisée et équipée d’un moteur 5 pôles Jouef. L’immatriculation BB 9288 SNCF est inscrite en relief sur la caisse. La caisse est en plastique rouge et blanc pour les persiennes. La toiture reçoit deux pantographes articulés reliés par une ligne de toiture rouge. Les tampons sont rapportés, le châssis est en métal avec réservoir vissé. Le bogie moteur est entraîné par engrenage droit et deux essieux reçoivent un bandage.

La référence 8340 qui après 1965 contient une BB 9288
La référence Jouef 8340 qui après 1965 contient une BB 9288Capitole (photo collection de l’auteur)

Les BB 16001 Capitole de Jouef

On notera aussi la référence 834EI qui est une étrangeté de Jouef. Il s’agit de locomotives BB 16001 SNCF (qui n’ont jamais reçu la livrée Capitole ni même remorqué ce train !) rouges en livrée « Capitole» et boîtes individuelles. Elles viennent sur le marché en même temps que le coffret « Capitole » de première génération. Ce coffret suit comme traditionnellement chez Jouef, l’actualité du réseau SNCF.

Une 16001 Capitole (la boîte n’étant pas celle de la locomotive d’origine)(photo DR)

Il est difficile de comprendre pourquoi cette machine non réaliste est proposée (puisque le Capitole est en réalité tracté par des BB 9200). Est ce par crainte de voir d’autres fabricants concurrents prendre le marché ? Le mystère reste entier… La locomotive est pourvue d’un éclairage inversé dont la technologie à base de condensateurs plutôt que de diodes est ancienne. Étrangement, j’ai en ma possession une de ces références 834Ei qui contient pourtant une BB 9288 (voir illustrations) ! La boite indiquant uniquement BB  »Capitole », il est très possible que Jouef ait commercialisé deux séries , dont l’une dans l’urgence réutilisant une référence ‘approchante’ ! Signalons en 1967 le coffret « Capitole » réf. M.759E. qui contient la fameuse BB 16001 !

La BB 9288 en livrée Capitole de Jouef avec son pantographe unijambiste
La BB 9288 en livrée Capitole de Jouef avec son pantographe unijambiste

La version Marklin de locomotive du capitole a été introduite en 1968 et est restée en production jusqu’en 1971. Le koll’s cite deux variantes de cette machine, la .1 réalisée en 1968 avec l’inscription frontale argentée et les câbles AT sur le toit marron, et la .2 avec inscription frontale blanche et câbles AT nickelés. De 1972 à 1976, elle était uniquement disponible en boîte de montage sous le code 3959, sur la base 3059.2, avec l’inscription sur le devant qui redevient argent. Avec le référence 4075, des voitures étaient également disponibles pour compléter le train [1].

Voitures voyageurs

Plusieurs reproductions des voitures TEE Grand Confort existent. Jouef les a fabriquées dès le début des années 70. Ces nouveaux modèles Jouef sont annoncés comme suit : voiture à couloir central en 1972 (voiture A8u 61 87 18-99 035-0 SNCF., référence 8641 puis 5341), fourgon générateur en 1973 (A4Dtux 61 87 81-99 009-7 SNCF, référence 8342 puis 5342), voiture-restaurant en 1975 (voiture-restaurant Vru 61 87 88-99 002-5 SNCF. référence 5343). Ce sont de très beau modèles à faire rouler, sans agencement intérieur mais avec une décoration soignée et quelques détails rapportés sous la caisse. La sérigraphie des premières éditions manque un peu de finesse mais les wagons sont globalement réussis. A partir de 1986, les wagons reçoivent un aménagement intérieur avec couloir central et des essieux brunis. En 1995, le standards de châssis modifié pour attelage boîtier NEM avec élongation par rappel à ressort, appliqué à toutes les références Jouef, est également appliqué à ces voitures.

Les UIC du Capitole font aussi l’objet d’une reproduction par REE et sont livrées en coffret de trois voitures. Ces voitures UIC rouges du Capitole seront équipées d’un système d’éclairage simple fonctionnant sur les réseaux Analogiques ou DCC.

Les trois références Grand Confort TEE de Jouef (collection de l'auteur)
Les trois références Grand Confort TEE de Jouef (collection de l’auteur)

Les voitures Y-UIC

Les références Jouef 867 et 8670 sont une reproduction des voiture A9 51 87 19-90 351-1 SNCF rouge « Capitole » de type UIC. Ce nouveau modèle annoncé par Jouef en 1969-1970 possède un toit non peint et des inscriptions sérigraphiées 1 à côté des portes d’accès. L’ensemble tampons/bourrelet plastique noir est moulé d’une seule pièce. A partir de 1986, Jouef introduit un aménagement intérieur et des essieux brunis. Puis, en 1995, un châssis modifié pour recevoir un attelage à élongation par ressort en clipsé sur un boîtier NEM. Les différentes et successives versions de ces voitures voyageurs voient progresser leur finesse de manière importante.

Voiture Jouef Y UIC (photo DR)

La voiture restaurant Jouef du capitole

Il s’agit d’une voiture restaurant de type Dev annoncée par Jouef en 1969 sous la référence 869 (suivie ultérieurement par les 8690 puis 5490) avec l’immatriculation 51 87 88 80 002-8 SNCF. L’inscription  « RESTAURANT » est indiquée sur la caisse et les marquages ‘SNCF’ sont en relief, le toit est peint en gris. L’ensemble bogie attelage est moulé d’une seule pièce. Cette voiture est au catalogue dès 1968. Elle est ensuite ré-éditée en 1974 sous la référence 5490. Elle conserve la même immatriculation mais est plus finement sérigraphiée.

Voiture restaurant DEV Jouef (collection de l’auteur)

Sources

https://fr.wikipedia.org/wiki/Voiture_Grand_Confort

[1] A propos de la version Marklin de la BB 9000 du Capitole

[2] Version Roco de la BB 9000 du Capitole